• Journée internationale contre l'homophobie : des étudiantes créent une vidéo de sensibilisation à l'homophobie.
  • Mon nom ne me contient plus, mais il reste mon souffle...
  • Lorsque celles et ceux qu'on aime semblent disparaître derrière ce qu'on appelle la « maladie mentale »...
  • Nous ne sommes pas la rivière, mais l’eau dans la rivière
  • Une journée en classe ou une manifestation contre le droit à l'avortement... ?

Fran Coucoua écrit :

Ce midi, sur la Colline parlementaire, il y avait quelques milliers de personnes manifestant contre le droit à l’avortement. Soit. C’est un sujet sur lequel on ne peut pas tous et toutes être d’accord. Mais là où ça me choque, c’est que les anti-choix amènent les jeunes des écoles secondaires catholiques en autobus nolisés, en pleine journée scolaire. Je dirais que 80% des personnes qui étaient sur la colline étaient des jeunes du secondaire. Entre une journée en classe et un voyage à Ottawa, quel jeune choisirait de rester en classe? … et en plus, leur donne-t-on le « choix », ou bien c’est une « activité scolaire »? … est-ce que ça compte parmi les 40 heures de bénévolat que doivent effectuer les jeunes du secondaire en Ontario… ?  

Si les groupes féministes en collaboration avec les écoles non-confessionnelles se mettaient à envoyer des étudiants et des étudiantes manifester du côté des pro-choix, avec autobus payé pis toute, est-ce qu’on trouverait ça acceptable? Est-ce qu’on ne serait pas accusées de « propagande », de faire  de la politique, de chercher à influencer indûment les jeunes… ?

Ahhhhhhhhh… c’est pas pareil vu comme ça, hein?

 

Vous préoccupez-vous du sort d’une femme que vous soupçonnez d’être victime de violence, sans savoir cependant quoi faire?

Pour savoir comment aider, visitez le site de la Campagne Voisin-es, ami-es et familles (www.voisinsamisetfamilles.on.ca) ou communiquez en toute confidentialité avec la ligne de soutien Fem’aide. En cas d’urgence, appelez la police. 

 Fem-aide_intégral

 

par A. M. Matte

Lors d’une célébration de la Journée internationale de la femme, une présentatrice décrivait avec enthousiasme l’optimisme qu’elle ressentait face au progrès, dans notre société canadienne, de la condition féminine. Je n’ai presque pas pu m’empêcher de pousser un grognement de mépris.

Mon cynisme m’a pris par surprise. Je suis pourtant une personne positive, à l’habitude.

Cependant, bien que je me lève à tous les matins pour aller au travail (lié à la cause féministe), bien que j’élève mon fils avec les meilleures intentions de lui montrer l’égalité entre et la pluralité des sexes, il y a toujours ce doute. Ce doute et ce désespoir qui font surface aux moments les plus importuns – comme lors d’une célébration de la femme – qui me laissent croire que, malgré nos efforts, nous sommes encore loin d’une société juste et équitable, où femmes et hommes (et celles et ceux qui s’identifient autrement) peuvent vivre pleinement leur vie sans crainte de discrimination, de sexisme, de racisme, de violence.

Quand une enfant de 9 ans donne naissance au Mexique suite à une agression de son « copain » de 17 ans…

Quand une adolescente au Pakistan se fait tirer pour avoir cherché à s’éduquer…

Quand des milliers de femmes autochtones disparaissent au Canada sans causer la colère, l’outrage et l’action du gouvernement… je ne peux m’empêcher d’être en désespoir de la cause.

*          *          *          *          *

La Journée internationale de la femme en est une de célébration des acquis et aussi de prise de conscience pour l’avenir. Ainsi, sans faire d’énumération de progrès; ils sont nombreux et documentés à nombre d’endroits; et sans passer sous silence, non plus, la résilience d’individus et de mouvements tels Malala Yousafzai, One Billion Rising, ou, dans le temps, Sisters in Spirit; il m’est tout de même nécessaire de rebâtir ma perspective vers, à tout le moins, un cynisme idéaliste.

Il s’agit de retrousser les manches, de ne pas baisser les bras, ou tout autre cliché apte.

Il s’agit de s’engager et de suivre les exemples positifs de Traçons les limites, de Ça commence avec toi. Ça reste avec lui., de La rue, la nuit, les femmes sans peur.

Il s’agit de reconnaître l’impact que peut avoir le plus simple des gestes, comme lorsqu’on indique à une victime de violence que l’on croit en elle.

Il s’agit d’écouter le discours optimiste d’une femme qui ne se laisse pas abattre par la réalité du monde et qui préfère en voir le potentiel.

par Élisabeth Larsen

Combien de fois me suis-je fait dire encore petite : « Arrête de t’écouter! » Quel curieux contresens. J’imagine qu’on veut apprendre aux enfants la résilience et que, pour ce faire, on se dit qu’il faut les habituer à subir, même ce qui fait mal, avec stoïcisme et constance. Ce n’est pas tant la force que l’on apprend ainsi comme la vulnérabilité à l’abus et l’absence à soi-même.

Comment renverse-t-on la vapeur quand, des années plus tard, on réalise l’impact de si peu de mots sur toute une vie. Difficile, après des décennies de conditionnement, de reconnaître chacun de ces instants d’absence à soi pour se réhabiter, pour ne plus sentir cette déchirure silencieuse en soi. Et comment imaginer la vie sans cette déchirure qui caractérise la couleur de nos journées depuis toujours? Comment ne pas tout simplement la remplacer par la culpabilité de ne pas exister d’abord et avant tout pour plaire à l’autre, pour répondre au besoin de l’autre?

Les femmes ont appris à ne pas s’écouter. Au Québec autrefois, on disait des femmes que l’on respectait qu’elles étaient de « saintes femmes », cela signifiait qu’elles n’existaient pas pour elles-mêmes. Vers la cinquantaine, une thérapeute a demandé à ma mère : quels sont tes besoins? quels sont tes sentiments? Ma mère ne savait pas. Ma mère se souvient de cette époque avec tristesse et étonnement. Elle s’était perdue… Le chemin vers soi ne s’achève jamais j’imagine, et se modifie à mesure que les jours passent. Mais pour emprunter ce chemin, il faut d’abord entendre les besoins qui appellent au fond de soi. Et cela demande aux femmes un courage surprenant parce que l’ampleur de la culpabilité ressentie n’a d’égale que l’ampleur des normes et valeurs qui limitent et dictent sournoisement la vie des femmes.

Envers et contre tout, vivre avec soi, parce qu’on est là et qu’on a le droit de ne ressembler à rien. C’est souvent là, lorsqu’on n’essaie plus de ressembler à rien, lorsqu’on dit ce qui parle en nous, que l’on se retrouve enfin! pour sentir de quoi nous sommes faites.

par Julie Lassonde

L’acronyme « LGBT » ou « LGBTQI » ou d’autres versions plus longues existent depuis plusieurs années. Cependant, on n’a pas fini de comprendre ce que ça veut dire. Au début, on parlait des hommes gais et des femmes lesbiennes. Maintenant, on oublie moins souvent les personnes bisexuelles, bispirituelles, transgenres, transsexuelles, queer et intersexuées. Parfois on inclut aussi les personnes alliées, c’est-à-dire les personnes hétérosexuelles qui luttent contre l’homophobie, ou encore les personnes asexuelles donc sans attirance sexuelle pour autrui (le « A » dans « LGBTQIA »). On pourrait même ajouter la lettre « C » pour les personnes curieuses qui se questionnent sur le plan de leur sexualité.

Je ne me lancerai pas dans une grande explication de chacun de ces termes mais je vais plutôt m’attarder à deux de ces groupes : les femmes qui s’identifient comme bisexuelles et/ou queer. On croirait que le mot « bisexuelle » est facile à comprendre : une femme qui peut être heureuse d’avoir une vie amoureuse avec une femme ou un homme, selon les hasards de la vie. Cependant, malgré cette simplicité, les femmes bisexuelles sont souvent incomprises. Pour ce qui est du terme queer, peu de gens comprennent ce que cela veut dire et ce terme est d’ailleurs conçu pour résister aux définitions. Dans un texte précédent[1], j’ai décrit cette identité comme comprenant des personnes qui ne sont pas strictement intéressées par des personnes d’un autre sexe que le leur et qui rejettent le système binaire de l’identité (homme/femme ou gai/hétéro). Ce sont des personnes qui pourraient se voir comme ayant un sexe féminin et un genre masculin. Elles pourraient s’intéresser aux personnes de différents sexes qui expriment leur genre de manière plutôt féminine. Elles pourraient aussi s’intéresser aux personnes non conformistes relativement à leur sexe et à leur genre. On pourrait continuer longtemps à s’interroger sur le terme queer. Il reste que plusieurs l’utilisent précisément pour son ambiguïté. Bref, certaines femmes se voient comme étant bisexuelles, d’autres comme queer et certaines d’entre elles, comme moi-même, utilisent les deux termes à cause de l’incompréhension relative au terme queer, ce qui est peut-être contradictoire mais nécessaire pour réussir à communiquer avec un plus grand auditoire.

Les femmes bisexuelles peuvent vivre des difficultés relatives à la santé mentale car elles se sentent souvent rejetées à la fois par les hétérosexuels et par les gais/lesbiennes. Selon une conversation que j’ai eue il y a un an avec Carmen Paquette, une militante lesbienne féministe de longue date, les gais et les lesbiennes ont eu tendance il y a quelques décennies à voir les hommes ou les femmes bisexuels comme des personnes qui ne voulaient pas sortir du placard. Les gais et les lesbiennes ressentaient une certaine frustration envers ces personnes étant donné qu’ils trouvaient qu’elles ne les aidaient pas dans leur lutte et refusaient de « se brancher »! Les hétérosexuels, de leur côté, ont eu tendance à ne pas comprendre les personnes bisexuelles et à les voir comme des personnes instables qui ne pourraient jamais être satisfaites par une personne seulement. Leur biphobie s’apparente à l’homophobie mais contient la dimension de la peur d’être avec une personne bisexuelle. Une personne bisexuelle pourrait d’ailleurs aussi bien tomber amoureuse d’une autre personne bisexuelle, d’une personne hétérosexuelle qui n’est pas biphobe ou homophobe, ou encore d’une personne gaie ou lesbienne, du même sexe qu’elle, qui n’est pas biphobe. La bisexualité semble donc créer plus de confusion que l’homosexualité. Un autre aspect intéressant de la bisexualité est que plusieurs femmes transgenres ou transsexuelles sont bisexuelles. Cela confond beaucoup de gens puisque ceux-ci n’acceptent d’abord pas la transition de ces personnes et ne comprennent pas que cela n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle. Bref, si on s’identifie comme femme, après avoir fait une transition, on peut bien être une femme hétérosexuelle, lesbienne, bisexuelle, queer ou autre. Tout cela pour dire qu’on n’a pas fini de mieux comprendre les femmes bisexuelles et/ou queer.

Bref, la prochaine fois que vous vous demanderez « LGBT Quoi? », pensez à tout ce qui se trouve sous l’une ou l’autre de ces lettres. Les femmes ne sont pas toutes pareilles et elles ont toutes droit au respect. Rien de mieux que la patience pour démêler tout ça. Mieux vaut aussi ne pas trop s’attacher aux mots et aux catégories car ils ont tendance à changer pour mieux refléter la réalité qui se transforme. À la base, l’objectif qui sous-tend ces lettres est que toute personne soit libre et respectée dans son identité et sa sexualité.


[1] Lassonde, Julie, « Moments juridiques des LGBTQ au Canada », texte rédigé pour l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, 2011.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Pour diffusion immédiate

Toronto, le 25 février 2013 – Le conseil d’administration de la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto annonce l’ouverture officielle de ses locaux. Les femmes et leurs enfants aux prises avec la violence conjugale et familiale pourront dès aujourd’hui trouver un hébergement d’urgence temporaire et sécuritaire.

« Nous sommes très émues de pouvoir vivre ce jour historique pour la reconnaissance des droits des femmes et de leurs enfants qui subissent la violence conjugale et familiale avec des effets majeurs sur leur sécurité physique, sexuelle et leur santé mentale, de recevoir les services dans leur langue. Avec l’ouverture de la Maison, nous sommes fières d’offrir aux femmes de la communauté? francophone un environnement chaleureux et sécuritaire pour qu’elles retrouvent leur estime de soi et leur autonomie » déclare Nathalie Dufour-Se?guin, présidente du C.A. de la Maison d’hébergement.

La Maison offrira un service d’hébergement d’urgence et gratuit aux femmes francophones de 16 ans et plus et à leurs enfants. L’objectif prioritaire que l’équipe de la Maison se fixe sera de les accompagner en confiance vers la reprise de leur autonomie et de réduire l’impact des conséquences de la violence dans leur vie.

« Nous étions particulièrement soucieuses d’offrir un hébergement sécuritaire aux femmes dans le besoin et à leurs enfants le plus rapidement possible après la fin de la construction. Durant tout ce processus, nous avons soigneusement pensé chaque détail : la sécurité, le confort des femmes et de leurs enfants et la qualité des services qui leur seront offerts », explique Jeanne Françoise Mouè, directrice générale de l’établissement. Prévue au Printemps, l’inauguration de la Maison lancera le démarrage intégral des activités de la Maison. D’ici là, pour garantir l’optimisation des services, la pleine capacité d’hébergement de la Maison sera limitée.

Dès à présent, les femmes qui seront accueillies à la Maison pourront démarrer leur cheminement vers leur autonomie grâce aux services de counselling et d’appui transitoire mis en place pour les accompagner dans les multiples démarches qu’elles devront entreprendre pour retrouver leur équilibre et leur nouvelle harmonie familiale. En plus d’offrir l’hébergement temporaire, la Maison leur offrira également les repas et le transport d’urgence. Pour des raisons de sécurité, l’adresse de la Maison d’hébergement pour femmes francophones demeurera confidentielle. Il est possible dès maintenant de communiquer avec les services d’hébergement de la Maison au 647-777-6433.

Les membres du Conseil d’administration et la direction de la Maison d’hébergement pour femmes francophones remercient le Ministère des Services sociaux et communautaires, l’Office des affaires francophones et la communauté pour leur soutien permanent dans la réalisation de ce projet capital pour la prévention de la violence faite aux femmes et l’épanouissement des femmes francophones.

« Les agences de services communautaires comme la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto font une réelle différence dans la vie quotidienne des femmes qui fuient la violence familiale » a dit le ministre de services sociaux et communautaires Ted McMeekin.  « Le gouvernement de l’Ontario est fier de soutenir cet effort qui comble les besoins spécifiques des femmes de notre communauté francophone qui font face à ces situations de crises ».

« Notre gouvernement est déterminé à soutenir la sensibilisation et la prévention de la violence faite aux femmes. La création d’une maison d’hébergement pour femmes francophones à Toronto est l’aboutissement d’un projet que je suivais depuis plusieurs années et qui m’est particulièrement cher, en tant que ministre déléguée aux affaires francophones, mais aussi en tant que femme. Je souhaite que cette maison engendre des changements réels et positifs dans la vie de femmes francophones victimes de violence dans la région du Grand Toronto », déclare Madeleine Meilleur, Ministre déléguée aux Affaires francophones.

 

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Pour plus de renseignements

 

Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto

Jeanne Françoise Mouè,

Directrice générale

directrice.mhff@gmail.com

647-777-6419, poste 201

par Adama Touré

Tic toc, les aiguilles de l’horloge égrènent implacablement le décompte des heures et des minutes qui nous mènent vers la fin du mois de février. Et quand ce temps sera épuisé, on le mettra derrière nous : devoir accompli de célébrer les Noires et les Noirs en ce mois qui leur est tout dédié! Et l’on recommencera à s’agiter fébrilement à la mi-janvier prochaine, cherchant thèmes, personnages représentatifs des siens ou de sa race pour venir présenter quelque chose – n’importe quoi! – afin que l’on s’acquitte de ce devoir de célébrer.

À l’école du fils d’un ami noir, les beaux poèmes de David Diop, les contes et légendes des Caraibes, à déclamer et à partager même une fois par semaine au cours du mois de célébration, ont été tour à tour abandonnés : faute de temps, a t- on dit. Faute d’intérêt véritable, peut-être. Finalement, l’on s’est réhabilité en invitant in extremis un joueur de tam-tam comme un point d’orgue. Que représente-t-il vraiment quand tout le monde joue désormais du tam-tam. Au-delà de la musique, on a encore raté, une fois de plus, l’occasion de connaître l’autre…

Pendant ce temps, celles et ceux que l’on célèbre viennent à la table, avec une curieuse réticence. Ce que ces personnes ne disent pas c’est qu’elles portent en elles, non pas le goût de célébrer, mais celui de déposer ce fardeau si lourd à porter d’une histoire tragique et d’un passé récent, remontant à quelques générations à peine. La douleur de cette histoire est criée dans les poèmes d’Aimé Césaire, de Maya Angelou et de Léon Gontran Damas. Les mythes et traditions avaient déjà été dévoilés par Camara Laye… et tant d’autres. Il suffit de les lire, des écrits d’il y a un peu longtemps, mais combien d’actualité!

Devoir de célébrer pense-t-on… Le devoir de mémoire sera ô combien soulageant. Afin de s’arrêter un moment et de se remémorer du tragique qui est de l’histoire vivante, lourde et hideuse, cachée comme une maladie honteuse dans le patrimoine historique de l’ensemble de l’humanité.

Le devoir de mémoire, c’est aussi de comprendre le vécu de ces  femmes des communautés noires. Celles qui ont rempli les cales des bateaux négriers et leurs descendantes. Celles de Toronto ou de Goma, qui voient les fruits de leurs entrailles tomber à la fleur de l’âge dans une guerre de rue ou toute autre guerre absurde instiguée par le masculin dans une indifférence quasi générale. Il faudrait essayer de comprendre leurs réalités face aux stigmates du racisme, des préjugés auxquels elles sont confrontées au quotidien, ces femmes, et surtout, par-dessus tout, par le simple fait d’être femme. Il leur est demandé de prouver, de démontrer, de légitimer, comme à nulle autre, leur désir d’être, ces femmes noires qui portent leur monde à bout de bras.

Descendantes des Mino – les vraies amazones du Bénin -, ces femmes noires sont celles qu’on continue à exciser et à infibuler. Ce sont aussi celles qui ont reçu le prix Nobel de la paix. Ce sont aussi des restaveks, des survivantes de guerre du Rwanda et du Congo, les militantes du National Association of Colored Women (NACW) et les bénévoles du Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones (MOFIF). Ce sont celles qui, même bâillonnées, refusent de passer à la trappe de l’histoire sans se débattre.

Le courriel de Madeleine

Question :

J’ai décidé de vous écrire parce que je ne sais plus quoi faire.

Je vis avec mon mari depuis plus de 30 ans et je suis loin de ma famille depuis que je l’ai suivi dans le Nord de l’Ontario.  Je ne sais pas quoi faire pour qu’il change. J’ai tout essayé. Il me critique tout le temps, me dit que je suis stupide et que je suis trop bête pour prendre des décisions. Depuis quelques années, il prend une bonne partie de l’argent de mon chèque de pension en disant qu’il en a besoin.  Si je lui  pose des questions, il me reproche de ne pas lui faire confiance.  Je remarque qu’on a de plus en plus de dettes et je suis bien inquiète pour mon avenir. 

Il y a des nuits où je ne dors pas, j’ai de moins en moins le goût de sortir et de parler à mes amies, en plus qu’elles sont loin… Mon mari dit que je n’ai pas besoin de l’auto et il part des heures sans que je sache où il s’en va. Mes amies me disent que j’ai changé, que je suis plus agressive.  Les pilules prescrites par mon médecin pour mes nerfs ne sont pas assez fortes. Depuis quelque temps,  j’en prends plus le soir pour essayer de dormir et en espérant que ça va me calmer.  Je me sens descendre la côte de plus en plus et je n’ai plus le goût de vivre. 

 

Réponse :

Critiquer, rabaisser et prendre votre argent sont des comportements inacceptables de la part de votre mari. De plus, l’isolement causé par son refus de partager l’auto m’indique que ce sont divers moyens pour tenter de vous contrôler. Ce sont tous des comportements associés à la violence conjugale.  

Il n’est pas rare que des femmes qui subissent de la violence se sentent anxieuses, nerveuses et déprimées. Ces sentiments sont des conséquences de la violence. Souvent les médicaments pour traiter ou soulager ces symptômes ne fonctionnent que pour un certain temps ou pas du tout, car la source du problème est la violence elle-même. Vous n’êtes pas seule, plusieurs femmes vivent encore aujourd’hui des situations semblables à la vôtre.

Toute situation de violence est difficile et le fait que vos amies et votre famille soient loin n’aide pas. C’est pourquoi il est important de trouver des ressources pour vous aider et recevoir du soutien, ainsi que de garder le contact avec vos amies. Même dans les collectivités éloignées des grandes villes, il existe des ressources ou des personnes qui pourront vous aider à parler de votre situation, de vos inquiétudes, de votre vie de couple et aussi de votre santé physique et émotionnelle. Je vous encourage à appeler la ligne provinciale de soutien Fem’aide au 1 877 336-2433, ATS: 1 866 860-7082 afin de parler de ce que vous vivez et d’explorer les options et les possibilités qui s’offrent à vous. Vous avez le droit de vivre en sécurité, de retrouver le goût de vivre et de vous épanouir.

Ce texte, tiré de faits vécus, est produit par Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) – www.aocvf.ca                       

Une collaboration du Centre ontarien de prévention des agressions (COPA)

Au Canada, en général, les choses ont grandement changé pour les filles. Elles ont beaucoup plus de liberté qu’avant, surtout celles qui viennent de familles de statut socio-économique plus élevé.

Nos mères étaient obligées de cacher leur grossesse pour pouvoir conserver leur emploi ou poursuivre leurs études. Elles ne pouvaient pas avoir de carte de crédit sans la permission de leur mari.

Les jeunes femmes d’aujourd’hui peuvent imaginer une vie beaucoup plus autonome, sur les plans psychologique, physique et financier. Elles ont accès à des options auxquelles les générations précédentes n’auraient jamais pu penser.

Pourtant, ces jeunes femmes admettent, dans les ateliers et les consultations du COPA, qu’elles ont peur pour leur sécurité. Une bonne partie d’entre elles ont subi une agression sexuelle et la majorité ont peur d’être harcelées et d’être la cible de menaces et de gestes d’agression sexuelle de la part des jeunes hommes et des adultes de leur entourage.

On continue de lire des articles sur l’hypersexualisation des filles, et la pression que l’on exerce sur elles pour accommoder les garçons sexuellement. On fait circuler dans Internet des films sur le viol collectif de jeunes femmes. Le taux de suicide chez les jeunes filles augmente, et on entend sans cesse parler d’adolescentes qui sont traquées pendant des années et qui se suicident après avoir été la cible de harcèlement sexuel en ligne. Et que dire du taux effarant de troubles de l’alimentation?

Malheureusement, le harcèlement et l’agression sexuelle sont encore monnaie courante pour ces jeunes. Au COPA, nous continuons d’argumenter la pertinence d’intégrer une analyse de la violence selon le sexe dans nos programmes de prévention (comme nous le faisons dans notre cours d’autodéfense pour filles). En dépit des discours populaires sur l’intimidation qui ne tiennent pas compte de cette dimension, le COPA continue de défendre son analyse féministe de la violence fondée sur le genre et le déséquilibre des pouvoirs entre les sexes. Le COPA continue de parler de la vulnérabilité des filles, et de leur statut minoritaire illustré par le taux de violence sexuelle qu’elles craignent et vivent. Le COPA continue d’offrir des espaces sécuritaires et constructifs pour les filles – et pour les garçons – pour que l’on puisse continuer à réfléchir ensemble et favoriser l’établissement de relations saines et égalitaires et de milieux où règnent « la sécurité, la force et la liberté »

Le travail du COPA dans le domaine de la prévention des agressions sexuelles est malheureusement loin d’être terminé.

Le COPA offre des cours d’autodéfense aux filles et jeunes femmes dans les écoles de l’Ontario (Instincts).

Pour consulter le site Web du COPA qui s’adresse aux adultes désireux d’inspirer les jeunes garçons à établir des relations saines et égalitaires, cliquez sur www.commenceavectoi.ca.